Les fantômes de l’Etang du Gol 

Légende

Les fantômes de l’Etang du Gol

Si les légendes urbaines prennent le pas sur les anciennes à La Réunion comme partout ailleurs, de cocasses, de troublantes et de tristes perdurent parmi la couche populaire réunionnaise notamment du côté de Saint-Louis au lieu-dit l’Etang du Gol où l’on chuchote des choses bien étranges pour des esprits cartésiens.

Plan d’eau côtier s’étendant sur 41 hectares, l’Etang du Gol est un lieu particulièrement fréquenté par les Réunionnais.

Si des dépôts d’ordures sauvages viennent troubler la paix du paysage malgré l’interdiction formelle du Conservatoire du littoral, celui-ci n’en garde pas moins ce charme des points d’eau où viennent nicher des hérons striés, des poules d’eau, des oiseaux-lunette gris, des martins tristes, des foudis de Madagascar, des tisserins mais aussi de temps à autres des pêcheurs bien que la pêche y soit strictement règlementée du fait que l’Etang du Gol est un vivier pour respectivement dix-neuf et six espèces indigènes de poissons et crustacés .

Un endroit donc très connu des pêcheurs qui y viennent pour assouvir leur passion.

Mais parfois pas forcément au meilleur moment semble-t-il et certainement pas en cette période proche de La Toussaint où les âmes du purgatoire, selon la tradition réunionnaise, sont libérées.

C’est ainsi qu’Elise* se baladant sur les lieux nous dit « Un jour mon frère et une autre personne sont venus pêcher le soir en cet endroit. Tout était calme et chacun s’affairait à sa passion. Mais alors qu’ils pêchaient, ils ont vu au loin, apparaître une silhouette avec un grand chapeau pêcher en face d’eux. La situation était incompréhensible car la silhouette donnait l’impression d’être carrément aux abords des roseaux en plein milieu de l’eau. C’est vous dire s’ils ont pris la poudre d’escampette. Personne ne voulait les croire mais un autre de mes frères a voulu voir par lui-même et n’a pu que constater la véracité des phénomènes rapportés ».

Richard ne dit pas le contraire. Lui est un pêcheur aguerri et croit fermement que le soir en ce lieu discret les âmes des défunts reviennent pour s’acquitter de leurs dettes.

« Ce sont des âmes en peine » renchérit Elisabeth.

Rachel, elle raconte : « il y a quelques années de cela mon oncle qui s’adonnait à la pêche en ce lieu y avait perdu la vie devant son enfant de onze ans et un autre adulte qui l’accompagnaient. Celui-ci avait été piégé par la vase et était mort noyé. Lorsqu’on l’a repêché, l’eau sortait de sa bouche ».

Un drame terrible qui montre sous couvert d’une beauté émeraude toute la dangerosité du site de l’Etang du Gol où jadis on pouvait s’y baigner.

Un drame parmi tant d’autres qui a marqué le lieu de son emprunte et qui dans l’inconscient collectif d’une microrégion s’inscrit comme le murmure d’un deuil inachevé créateur d’une vie de fantômes, de revenants et de trépassés ciment d’une société où la croyance surpasse la réalité.

* Les noms ont été changés

le 26/10/2016 à 17h49min47s

commentaires momentanément suspendus

Commentaires