Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne quitte aussi François Fillon 

François Fillon

Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne quitte aussi François Fillon

François Fillon perd un nouvel allié politique au travers du maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau, qui par éthique politique, n'accepte pas son attitude après sa parole donnée.

"Aujourd'hui, nous nous trouvons dans une situation éthiquement et moralement intenable.

Notre pays a besoin d'un redressement pour répondre aux enjeux qui nous attendent, après le quinquennat désastreux du président socialiste François Hollande.

Mon engagement en politique, depuis toujours, repose sur des valeurs républicaines auxquelles je suis profondément attaché.

Je place, au-dessus de tout, l'action publique au service de nos concitoyens pour améliorer leur vie quotidienne, comme je m'attache à le faire chaque instant et de toute mon énergie, en tant que maire de Saint-Etienne et président de Saint-Etienne Métropole.

Je reste cohérent avec la vision que je me fais de la politique au sens noble du terme.

C'est la raison pour laquelle, je décide aujourd'hui, après les dernières déclarations de François Fillon, de me retirer de son organigramme de campagne.

J'en appelle à la conscience de chacun, dans cette élection présidentielle qui va engager notre pays pour les cinq prochaines années.

Il s'agit de redonner une réelle espérance aux Français, qui sont en droit de l'obtenir des responsables politiques que nous sommes".

Dans le Monde, Edition du 3 mars, je signe une tribune, j'en appelle au sursaut de ma famille politique :

«Imagine-t-on le Général de Gaulle mis en examen... »


Allons-nous connaître, en 2017, une déroute, pour notre démocratie, comparable au naufrage de la IIIème République ? Une IIIème République agonisante, minée par les scandales à répétition, incapable de se réformer et de mettre un terme aux abus d'une élite soucieuse de son confort et de ses avantages plus que des devoirs découlant des fonctions occupées.

A moins de 50 jours de l'élection présidentielle, les enquêtes d'opinion donnent comme possible un second tour entre la candidate de l'extrême-droite et un ancien ministre encore inconnu il y a deux ans. Si un tel scénario devait se réaliser, alors les formations politiques gouvernementales classiques, qui ont exercé les responsabilités du pouvoir, seraient, pour la première fois dans l'histoire de la Vème République, toutes éliminées dès le premier tour.

Plus de socialistes, communistes, écologistes, centristes ou autres gaullistes. Tous balayés au détour d'une élection qui, à défaut de permettre à la Nation de surmonter les difficultés, lui donnerait l'illusion passagère de faire table rase des profiteurs du système. Comment en vouloir à des Français épuisés par des années de promesses jamais tenues ?

Comme le disait Bill Clinton en 1992, «Pour des millions et des millions d’Américains, l’idéal qui voulait que ceux qui travaillent dur et respectent les règles seraient récompensés, qu’ils feraient un peu mieux l’année prochaine que l’année précédente, que leurs enfants feraient mieux qu’eux, cet idéal a été dévasté». Puisque les Français en sont désormais au même stade de réflexion, sans hésitation, je fais mienne cette analyse.

Depuis plusieurs décennies, la France souffre. Plus exactement une certaine France. Celle qui fait du travail une valeur cardinale, celle qui reste fidèle aux valeurs républicaines, celle qui crie sa foi en notre modèle chaque fois que des terroristes veulent l'abattre. La France du courage, de la volonté et de la tolérance car cette France est, avant tout, aux couleurs de la différence. Elle n'est ni blanche, ni noire, ni musulmane ni catholique, ni de gauche ni de droite. Cette France dépasse toutes les catégories sociales, religieuses ou politiques.

Face à cette France ? Une classe politique sclérosée dans son ensemble et incapable de proposer autre chose qu'un discours lénifiant sur une mythique croissance qui nous tend les bras. Mesdames et messieurs les électeurs, puisque on vous dit que « la prospérité est au coin de la rue » vous aurez l'extrême obligeance de le croire et de voter comme il se doit !

Oui, cette classe politique est face à la France et non plus à ses côtés. Ce déni de la réalité des problèmes rend, au final, les élus, quelque soit leur parti, suspects de toutes les turpitudes. Favoritisme, emplois fictifs, trafics d'influence ou corruption viennent s'ajouter à l'impuissance des élites à relever les défis.

Notre système social est exsangue et nos compatriotes redoutent les aléas de la vie de peur de tomber dans une suite de trappes à régression sociale qui les conduiront à l'incertitude du lendemain.

Ainsi, en 2015, nous avons célébré, dans une quasi indifférence généralisée, le trentième anniversaire des « Restos du coeur ». Cette attitude, ce pourrissement inexorable des élites, cette France qui sent le moisi, comme le dirait Philippe Sollers, pèse de plus en plus sur l'autre France, celle délaissée par des élites qui ont perdu le sens des réalités et semblent abandonner le combat. Ont-elles seulement songé à le livrer réellement ?

La femme de César se devant d'être irréprochable, son mari doit en tirer les conséquences qui s'imposent sans entraîner la France sur le chemin de l'indignité.

Aussi on ne peut accepter, sans affaiblir le modèle républicain lui-même, au mépris des lois qui assurent la cohésion de la République, en confisquant le débat sur l'avenir de la France, d'instrumentaliser le jugement du peuple, réduit au simple rôle de juré sommé de prononcer un acquittement.

Ceci transcende toutes les familles politiques !

Nos formations politiques sont devenues de simples « écuries présidentielles » destinées à servir les ambitions de Rastignac que Balzac, au vu de leur médiocrité, aurait renié. Le goût du débat, de l'analyse, de la recherche de solutions innovantes se perd au profit de plans de carrière personnels. Réfléchir cesse d'être un préalable indispensable à l'action publique seule compte l'image que l'on renvoie dans les médias. Est-il alors étonnant que les Français se détournent de nos partis politiques et se laissent entrainer, par les sirènes nauséabondes de l'extrême-droite, sur des chemins sans issue ?

Croyant répondre aux attentes des Français, les programmes électoraux, quand ils existent, deviennent de véritables catalogues où s'entrechoquent les mesures catégorielles destinées à gagner des cœurs électoraux. En empilant les concessions nous perdons de vue le cap, celui de l'intérêt général de la France.

Il est temps de renouer avec cet intérêt supérieur qui justifie tout engagement politique. S'il est vrai, comme l'écrit le Général de Gaulle que «la difficulté attire l’homme de caractère, car c’est en l’étreignant qu’il se réalise lui-même», alors nous, les élus de terrain, ceux qui sommes au plus près des Français devons, au nom même des valeurs de la République, exiger que ceux qui aspirent à guider la Nation soient irréprochables comme l'était le fondateur de la Vème République.

En définitive, la question est simple, voulons-nous provoquer les larmes de désespoir et de rage de nos compatriotes ? Ou alors, fidèles à notre histoire, saurons-nous nous souvenir qu'il n'y a point de France sans grandeur ? Une grandeur qui doit être, d'abord et avant toute chose, dans le cœur de ceux qui doivent servir notre Nation afin de rester fidèles à son Histoire et son destin.

Aujourd'hui, nous la cherchons chez ceux qui sollicitent la confiance des Français.
Je ne l'ai pas trouvée et je ne puis me résoudre à voir la République mourir sous nos yeux sans en appeler, au sein de ma famille, à ce sursaut éthique qui nous permettra de transcender les «écuries» personnelles au nom de l'intérêt général y compris au prix du retrait de certains.

le 02/03/2017 à 13h42min56s

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