André Thien Ah Koon, la fin d’un mythe 

Politique

André Thien Ah Koon, la fin d’un mythe

Lorsqu’en en 1983 et à l’âge de 43 ans, André Thien Ah Koon devient pour la première fois le maire de Le Tampon, son ascension et son poids dans le monde politique de La Réunion va être fulgurante au point de marquer les esprits de plusieurs générations. Mais, entre le mythe et la réalité, c’est peut-être une statue aux pieds d’argile qui sur sa fin risque de s’écrouler.

André Thien Ah Koon n’arrive pas en politique du jour au lendemain. Né le 16 mai 1940 sur Le Tampon, celui-ci n’accédera à un poste électif au Conseil général seulement en 1976 soit à l’âge de 36 ans.

En 1983, ce chef d’entreprise titulaire uniquement d’un diplôme d’Administration des Entreprises obtenu auprès de l’Institut d’Administration des Entreprises d’Aix-en-Provence, accède, avec 46,23 % des voix lors du second tour des municipales, à l’âge de 43 ans, et pour la première fois, au poste de maire de la commune qui l’a vu naître. Il sera élu en tant que maire, sans discontinuité jusqu’au 10 janvier 2006.

Dès cet instant, l’homme va s’imposer de plus en plus dans le paysage réunionnais. Trois ans plus tard, soit à 46 ans, après avoir accédé à la magistrature de Le Tampon, André Thien Ah Koon est propulsé député de la 3ème circonscription. Il le sera cinq fois d’affilé jusqu’à ce qu’il démissionne le 7 juin 2006.

En effet, le 6 juin 1995, celui-ci avait été condamné à 10 000 francs d’amende pour prise illégale d’intérêts par la cour d’appel de Saint-Denis. Le 7 septembre 2004, le tribunal correctionnel de Saint-Denis l’avait condamné, quant à lui, à 18 mois de prison avec sursis, 100 000 € d’amende et trois ans d’inéligibilité.

Ce n’est qu’en 2010 qu’André Thien Ah Koon refera son apparition sur la scène politique notamment dans le cadre des élections régionales de mars 2010 où il sera élu sur la liste de l’Alliance pour siéger dans l’opposition face à Didier Robert, le fils spirituel honnis, qui aura été le successeur direct d’André Thien Ah Koon par sa sacro-sainte volonté, et qui, n’entendant pas se laisser dicter ses actes de 1er magistrat aura tôt fait de prendre son envol au détriment de son père spirituel.

André Thien Ah Koon profitera du retour de ses droits civiques pour se faire élire le 27 mars 2011 conseiller général du Tampon.

Mais l’homme a d’autres projets en tête. Redevenir maire de la ville qu’il a été durant 22 ans, 9 mois et 23 jours.

L’occasion lui est propice. Durant son absence Didier Robert qui est devenu député et président de Région a laissé sa place à Paulet Payet.

Les relations au sein de la majorité municipale n’est pas au beau fixe. En effet, il n’est pas un conseil municipal où des élus de la majorité accusent Payet Paulet d’être le fossoyeur de la commune si l’on se réfère à de la Chambre Régionale des Comptes.

Les Tamponnais quant à eux sont las de ces querelles stériles qui font rire toute La Réunion.

André Thien Ah Koon est donc aux aguets. Bien lui en a pris car le 30 mars 2014, à 74 ans, il est, à nouveau, élu maire de Le Tampon.

Ce parcours de battant aura fait de lui un mythe pour les Tamponnais. Mais un mythe qui va commencer à perdre peu à peu de sa superbe.

Bien qu’élu maire de Le Tampon en 2014, il ne le sera, seulement au deuxième tour et avec 49 % des suffrages exprimés alors qu’en 1989 il était élu avec 75,25 % des voix. Soit une perte de vitesse de 26,25 points.

L’homme n’est en fait qu’une statue aux pieds d’argile qui sait surfer malgré tout sur l’air du temps et voir les opportunités qui se présentent à lui pour en tirer le meilleur profit comme la loi de décentralisation de 1983 où l’Etat transfère des blocs de compétences aux communes avec son lot de dotations globales de fonctionnement, d’équipement, qui va lui permettre de développer la commune de Le Tampon et ainsi récolter les lauriers alors même que c’est l’Etat qui en est le grand pourvoyeur.

Au fil du temps et malgré sa prouesse de 2014 de revenir au-devant de la scène politique et surtout à la tête de la commune, il n’arrivera pas à s’imposer aux cantonales et aux régionales de 2015 où il se félicitera toutefois d’avoir pu y présenter 4 conseillers départementaux et 2 conseillers régionaux.

Malgré ses échecs passés, lors des législatives de 2017, André Thien Ah Koon sans consulter sa base électorale et les conseils de ses délégués de quartiers, petits bras à tout faire, va imposer aux Tamponnais et à la 3ème circonscription son poulain et 1er adjoint, Jacquet Hoarau.

Si sur les panneaux de la commune d’aucuns se sont amusés à écrire qu’ils ne voulaient pas de Laurence Mondon, 3ème adjointe, pour candidate, Jacquet Hoarau ne correspondait pas non plus au profil attendu par les Tamponnais et les habitants de la 3ème circonscription.

L’impopularité de Jacquet Hoarau se mesurera dans un premier temps lors des réunions-café où les autres adjoints d’André Thien Ah Koon auront du mal à faire accepter cette candidature auprès d’un électorat qui le juge « incompétent », « froid », « distant » « peu intéressé par le bien-être de ses concitoyens » et « difficilement abordable ».

D’aucuns auraient voulu voir Madame Monique Délais-Bénard, sa 2ème adjointe, qui jouit d’une popularité sur tout Le Tampon. Il faut dire que cette dernière, sage-femme de profession, est selon les dires « une femme de terrain et de conviction, d’un naturel jovial qui arbore constamment un sourire et surtout qui avec son franc-parler ne fait pas de promesses à la légère tentant d’aider réellement, tant que faire se peut, les administrés qui viennent à elle ».

Mais il faut croire que cette popularité dérange et qu’il convient de ne pas trop mettre en avant celle-ci comme cela fut le cas lors de la fête du quartier de Trois-Mares, où, pour l’inauguration, c’est M. Mondon Ary, un ancien 1er adjoint d’André Thien Ah Koon, même pas élu au Conseil municipal, qui avait eu la primauté de la parole au détriment de Monique Deslais-Bénard dont on n’avait même pas cité le nom.

L’impopularité du poulain d’André Thien Ah Koon se mesurera dans un 2nd temps lors du deuxième tour des législatives, où, celui-ci, malgré les souhaits du « leader maximo » sur son propre fief, n’obtiendra que 46,19 % des voix face à Nathalie Bassire qui elle caracolera en tête avec 53,81 % des suffrages exprimés.

Bien que cherchant à minimiser les faits, il s’avère que cet échec est l’échec de trop et que contrairement à ce que pourrait croire André Thien Ah Koon, les Tamponnais l’ont tout simplement bluffé en ignorant non seulement son appel mais aussi sa personne.

A elle seule, cette élection législative vient de montrer qu’André Thien Ah Koon n’a plus l’aura qu’on lui connaissait et que ces chiffres replacés dans un contexte d’élection municipale le verraient évincer de la mairie de Le Tampon en tant que 1er magistrat.

Sans attendre cette échéance, ce constat pourrait être précipité par les derniers évènements en cours sur Le Tampon.

En effet, il se susurre sur Le Tampon que Issop Sharif, annonçant, tout sourire, avec derrière lui des partisans de Didier Robert, et devant la télévision, les résultats de cette élection législative qui signifiaient la défaite de Jacquet Hoarau et par conséquent d’André Thien Ah Koon, ne passe pas.

Tout comme ne passe pas, durant cette élection, les bisbilles d’un conseiller de la majorité envers un autre, qui face à la situation aurait présenté sa démission à André Thien Ah Koon.

Un management qui échappe donc au premier magistrat de la commune de Le Tampon qu’on devine affaibli par chacun de ses échecs et qui a pour effet d’aiguiser les appétits.

Une anecdote qui se raconte sur La Plaine des Cafres qui est le quartier natal d’André Thien Ah Koon, où les électeurs ont refusé à une forte majorité la députation à Jacquet Hoarau, n’est pas pour arranger les choses. En effet, après l’échec cuisant de cette dernière élection, interpellant l’une de ses colistières de la majorité, l’édile de Le Tampon lui aurait demandé, comment allait son père. Gêne de la part de cette dernière d’après les témoins et on peut la comprendre aisément quand on sait que… celui-ci n’était plus de ce monde depuis longtemps.

Face à cette situation de plus en plus lourde et ingérable malgré la poigne de fer d’André Thien Ah Koon qui n’entend pas céder le pouvoir, certains délégués de quartier, eux aussi, bien au fait de ce qui s’y trame pour fréquenter de près les élus, tentent de s’y retrouver exprimant leur souhait de voir émerger un nouveau leader.

Il faut dire que les Tamponnais sont aujourd’hui instruits, curieux et branchés, et que, malgré les difficultés qu’ils rencontrent quotidiennement, le culte de la personnalité qui a pu influencer leurs aînés ne passe plus quand bien même que d’aucuns, parmi ces derniers, gardent encore sur les murs de leur salon une photo d’André Thien Ah Koon souriant.

L’évolution fait donc que le mythe avec le temps, loin de se renforcer, s’est tout simplement mité pour ne pas dire effondré.

Malgré tout, dans ce prélude aux apparences de fin de règne, certaines questions restent en suspens. Notamment celle de savoir si la majorité va pouvoir encore tenir longtemps en jouant le statu quo même si les prochaines échéances électorales auront lieu en 2020 quand on sait les tensions qui y règnent et l’issue du scrutin ?

Par ailleurs, André Thien Ah Koon acceptera-t-il toute mutinerie et ne va-t-il pas pour sauver sa place et la face, remanier sa majorité, ou, intelligemment, prévoyant son échec en 2020, se choisir, au grand dam de tout un chacun, un successeur et partir la tête haute ou encore, tout simplement, ruser sa majorité comme il l’a jusqu’ici si bien fait, en divisant pour mieux régner, et attendre les échéances électorales d’alors pour ne pas se représenter et finir ainsi une carrière qu’il n’a toutefois pas démérité laissant sur le banc ses actuels colistiers ?

Rien n’étant sûr en l’état actuel des choses, il faudra scruter l’évolution de la situation pour le moins ambiguë pour avoir un semblant de réponse dans les jours, les mois ou les années à venir.

Mais ce qui est acquis c’est qu’André Thien Ah Koon n’est pas immortel contrairement à l’idée d’éternelle jeunesse qu’il voudrait laisser croire et comme toute chose à une fin, le mythe lui aussi est en train de suivre ce destin.

le 23/06/2017 à 21h56min51s

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