4294  Annick Girardin, apporte des solutions à la crise 

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Annick Girardin, apporte des solutions à la crise

Annick Girardin dans un discours d'un peu plus de 16 minutes à la préfecture a apporté une autre salve de solutions à la crise. La ministre s'engage à redynamiser l'économie, l'emploi notamment par la mise en place de 1 900 contrats gérés par Pôle emploi, ainsi que le logement. Voici son discours retranscrit ci-dessous.

Mesdames, Messieurs,

Je termine une deuxième journée de rencontre avec vous avec les Réunionnaises, avec les Réunionnais, cette journée comme la précédente a été riche et intense. Aujourd’hui il ne m’a pas été malheureusement possible de rencontrer toutes celles et tous ceux qui voulaient échanger avec moi. Je poursuivrais le dialogue demain.

Je mesure au fil de mes échanges le niveau d’exaspération des Réunionnais. Cette colère va déboucher sur quelque chose de nouveau. Je l’ai dit tout à l’heure. Rien ne sera plus comme avant, ici à La Réunion. Pour le meilleur je l’espère ou pour le pire si nous ne savons pas ensemble et rapidement, faire vivre et revivre La Réunion.

Il faut savoir sortir par le haut d’un mouvement social. Souvent on cherche un vainqueur et un vaincu avant de sonner la trêve. Je crois, je crois sincèrement que le vainqueur il est là. Ce sont les Réunionnais qui s’expriment et qui vont demain se construire un avenir nouveau, un avenir meilleur.

Mais je veux redire ici, il y a des comportements inacceptables. La sincérité des revendications ne colle pas avec la radicalisation de certains. Ce que j’entends sont respectueux des institutions, des élus, des organismes, ils le sont bien sûr des forces de l’ordre qui s’engagent tous les jours pour la sécurité sur ce territoire, pour assurer la sécurité des Réunionnais et des Réunionnaises et qui le font avec mesures.

Mais une minorité souhaite aujourd’hui le chao ici à La Réunion.

Elle infiltre, je ne suis pas naïve, le débat et tente de le corrompre.

Je répète on ne construit rien sur les cendres, alors à la majorité des Réunionnais je dis tout simplement ne vous laissez pas voler cet élan de citoyens que l’on vit ensemble à La Réunion.

Au fil de ces échanges j’ai entendu une juste attente, une immense exigence celle de la dignité, la dignité implique que chacun trouve sa place dans la société réunionnaise.

En tant que citoyen, par la participation au débat public, en tant que consommateur, par un accès de produits de qualité à un prix raisonnable, je reviendrai demain sur cette question essentielle.

La dignité c’est d’abord vivre de son revenu. Et je voudrai parler ici de ces salariés qui depuis deux semaines voient leurs entreprises fermées. J’ai entendu ces chefs d’entreprise, ces commerçants, ces artisans, tous ceux qui voient maintenant le rêve d’une vie menacée. J’ai en tête, ce chef d’entreprise, ce petit chef d’entreprise qui ne sait pas comment demain payer ses salariés.

J’ai rencontré ce matin vous le savez des agriculteurs qui sont aussi des entrepreneurs, je sais la situation des éleveurs qui sont obligés depuis quelques jours d’abattre une partie de leur cheptel. J’ai vu leur désarroi. D’autres filière affectée au-delà de l’élevage, la canne à sucre, les fruits et légumes.

Depuis lundi, l’Etat a mis en place un accompagnement spécifique pour aider les agriculteurs à surmonter leurs pertes parfois très lourdes causées par les blocages.

Grâce au comité d’accompagnement d’économie installé par le préfet, toutes les entreprises réunionnaises peuvent bénéficier de plusieurs mesures d’urgence. D’abord une procédure accélérée de demande de traitement de chômage partiel. Hier soir je vous en parlais et bien malheureusement le chiffre a encore grossi c’est maintenant 657 entreprises et 8 000 salariés qui en font la demande.

Autre mesure, un étalement sur 3 mois des échéances fiscales et sociales qui seront traitées entreprise par entreprise mais également des prêts de trésorerie accordés par les banques aux entrepreneurs avec une garantie publique apportée par la banque publique d’investissement la BPI.

La BPI qui pourra aussi reporter certaines échéances de remboursement de prêt pour alléger la trésorerie des entreprises touchées par les évènements.

La dignité c’est aussi l’emploi de tous. Dans le secteur privé d’abord sous l’autorité du président de la République et du 1er ministre j’ai engagé des réformes majeures depuis un certain nombre de mois pour soutenir et dynamiser le tissu économique et gagner la bataille de l’emploi.

Je suis maintenant prête, les Réunionnais que j’ai rencontré aujourd’hui ont poussé un cri unanime, nous ne voulons pas d’aides, nous voulons des emplois. Et bien je leur réponds, cette réforme leur répond, la réforme que je propose porte sur 2,6 milliards d’euros pour les économies d’Outre-mer. Elle a trois objectifs :

- Zéro charge autour du SMIC pour faciliter les embauches. Nous avons bien sûr voulu là favoriser les secteurs, un certain nombre de secteurs et je veux ici les citer : secteur de la production locale, l’industrie, l’agriculture, le tourisme, le BTP et l’environnement. Ce sont près de 40 millions d’euros de charges en moins pour ces secteurs pour La Réunion, c’est ce que je disais hier.
- Soutenir la croissance des entreprises ça se fait aussi en diminuant les impôts grâce à la nouvelle zone franche d’activité qu’on va mettre en place à partir du 1er janvier 2019. L’imposition sur les sociétés sera deux fois plus faible que ce qu’on connait aujourd’hui à l’île Maurice. Alors on l’a fait pourquoi, on l’a fait parce que je crois qu’ici à La Réunion on peut attirer de nouveaux investissements, de nouveaux investisseurs.
- Enfin nous allons soutenir l’investissement privé comme public, la défiscalisation industrielle est prolongée jusqu’en 2025, ça donne plus de visibilité, plus de visibilité pour investir et c’était attendu par nos entreprises et le budget de l’Outre-mer permet de lancer une politique ambitieuse d’investissement public qui permettra de créer un véritable choc d’activité. C’est aussi beaucoup ce que j’ai entendu dans la journée. « Donnez-nous ou permettez-nous de connaitre un choc d’activité, un choc de développement sur ce territoire » et bien la réponse est là ce soir.
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La Réunion peut attendre près de 500 millions d’euros entre 2019 et 2022 pour relancer l’activité économique et créer concrètement des emplois si les collectivités sont au rendez-vous. C’est cela la dignité.

Et les projets, les projets sont aussi importants, ils vont être financés, ils ne vont pas être décidés de Paris, ils le seront ici à La Réunion. Ils le seront ici avec les collectivités. J’ai proposé ce matin, aux maires que j’ai rencontrés, de choisir avec les Réunionnaises et les Réunionnais, en les associant, le choix des opérations qui sont financées l’année prochaine, car, j’entends le besoin d’une démocratie plus participative. Et nous devons y répondre tous ensemble.

L’avenir du territoire, c’est avant tout je le disais hier celui des 60 000 jeunes qui ne bénéficient ni d’emplois, ni de formation, à qui nous devons répondre. Nous savons tous, que pour joindre les deux bouts, certains font des petits boulots, comme j’ai entendu ce matin à Saint-Pierre ou encore cet après-midi à Saint-Benoît. Et bien à cela je veux dire, « faites-vous déclarer ». Faites-vous déclarer, parce que maintenant ça ne coûtera pas plus cher à votre patron. Parce qu’il faut que vous puissiez cotiser pour votre retraite, pour votre couverture santé et pour l’assurance chômage. Les Réunionnais sont attachés à la valeur travail. Je l’ai senti hier, je l’ai senti encore aujourd’hui. Et bien nous mettons au cœur de notre projet, la valeur travail pour y répondre.

Cette réforme d’ampleur, au bénéfice des entreprises elle va changer la donne je la porte, je l’assume, mais pas sans contrepartie de leur part. Il doit y avoir des contreparties sur l’emploi, c’est évident, j’ai parlé d’un compteur emploi, il doit y avoir des contreparties sur les prix, c’est important, des contreparties également dans le dialogue social. C’est ça aussi la transparence qu’on m’a demandée et ma méthode, c’est ça aussi l’exigence.

J’aurai l’occasion dès demain, de l’évoquer avec l’ensemble des entreprises puisque nous rencontrerons, je rencontrerai ici à la préfecture un certain nombre de responsables économiques. Je l’ai fait aujourd’hui avec les agriculteurs et hier avec les syndicats.

La solidarité nationale qui s’exprime à travers ces 1,9 milliards d’euros consacrés à l’ensemble de l’Outre-mer dans l’abaissement du coût du travail, c’est pas un cadeau, c’est un engagement réciproque. Et je tiens à cette réciprocité.

Déjà ce matin, le monde agricole s’est engagé à mes côtés. Et c’est important d’insister sur ce sujet. Ils se sont engagés à mes côtés pour recruter et former jusqu’à 200 jeunes par année et 50 immédiatement. Cela veut dire que les entreprises locales ont pris conscience de leur implication nécessaire dans le développement économique du territoire, de la part qu’elles pouvaient prendre dans le développement de l’emploi sur ce territoire.

Nous allons accompagner ces initiatives car elles répondent à vous besoins.

Gagner la bataille de l’emploi à La Réunion est la responsabilité de tous.

Je vais parler des contrats aidés. Il n’y a rien d’indigne à aide l’emploi. Je l’ai entendu à condition que les règles soient claires. Murielle Pénicaud qui était en déplacement à La Réunion il y a quelques jours, a annoncé que La Réunion conserverait ses 11 000 emplois aidés ou ces nouveaux emplois qui s’appellent Parcours Emploi Compétences (PEC) pour l’année 2019. J’ai obtenu avant mon arrivée ici à La Réunion, 500 contrats de plus pour des CDI pour les entreprises et 500 pour le secteur associatif qui devrons par contre être attribué avant la fin de l’année 2018.

Avec le reliquat qui existe déjà de 900 contrats qui sont en attente de signatures, et bien c’est 1 900 emplois qui pourront être pourvus d’ici un mois si l’activité reprend au plus vite car nous avons besoin d’instruire ces dossiers et de passer au recrutement. Et je l’ai entendu aussi ce recrutement doit effectivement être transparent. Alors l’attribution de ces contrats se fera bien sûr par pôle emploi qui sera chargé de recruter les différents candidats.

Ces contrats permettront d’entrer dans l’emploi et de développer des compétences.

Il y a un autre sujet qui est important et qui concerne aussi celui de la dignité. La dignité c’est aussi de disposer d’un logement décent. Avec l’emploi et le pouvoir d’achat vous le savez ce sont les principales préoccupations qui m’ont été soulevées ou qui ont été exprimées depuis ces deux jours. Alors, dans ce domaine du logement j’ai 3 priorités :

- Répondre au besoin immense en matière de réhabilitation. Parce qu’ici il y a 13 % du parc qui est insalubre. La réponse n’est pas seulement dans le logement social vous le savez, on en a débattu.
- Iil faut aussi développer le logement intermédiaire et encourager la diversification des parcours résidentiels.
- Et puis je veux aussi favoriser l’accès à la propriété des occupants, c’est aussi une chose qui m’a été demandée il y a seulement quelques heures. Comme on l’a pu l’évoquer hier, plusieurs étudiants ont pris la parole ici à la préfecture et ont souhaité qu’il y ait davantage de logements étudiants. Et bien il y aura davantage de logement étudiants ici à La Réunion, grâce à deux mesures : Grâce à l’augmentation des prêts locatifs sociaux et à l’extension aux bailleurs privés des crédits d’impôts en faveur du logement social, ces deux mesures viennent d’être votées au parlement à ma demande.

Par ailleurs le gouvernement a rétabli temporairement et uniquement pour l’Outre-mer le dispositif allocation accession. C’était attendu. Beaucoup se sont battus auprès des élus de La Réunion pour que cette mesure voit à nouveau le jour. Elle rétablit pour une année. Cette mesure va bénéficier à plus de 350 familles à La Réunion qui avaient fait l’objet d’une décision de financement par l’Etat et qui restait malheureusement dans l’attente et nous devons tous ensemble imaginer un dispositif pérenne pour la suite avec le Conseil régional qui a souhaité intervenir en complément de nos engagements. Nous sommes en mesure de répondre collectivement aux besoins des Réunionnais en matière d’accès à la propriété et de résorption de l’habitat insalubre.

Enfin dès les prochaines semaines, je lancerai une conférence logement pour donner un nouveau souffle au plan logement Outre-mer. Je le ferai avec l’ensemble des territoires d’Outre-mer à Paris. Il nous faut construire plus de logements sociaux les moins chers. Et nous avons annoncé un travail pour assouplir les normes de construction bien sûr et d’aménagement. Il faut aussi qu’on puisse cibler mieux les logements sociaux vers ceux qui en ont le plus besoin. C’est souvent un reproche et les faire tourner aussi davantage. Il s’agit de mettre en place un véritable parcours du logement. Il faut aussi reconquérir nos centres anciens trop souvent délaissés c’est ce que nous faisons d’ailleurs avec le programme action cœur de ville, Le Port, Saint-André, Saint-Joseph, Saint-Pierre bénéficient de cette mesure, ça a déjà été annoncé il y a maintenant quelques semaines.

Mais l’Etat ne dispose pas de tous les leviers, il n’a pas d’ailleurs vocation à intervenir seul et à penser seul l’avenir de La Réunion. L’Etat ne pensera pas à la place du territoire et à la place de ses habitants. L’Etat accompagnera une démarche locale. Il est à présent de la responsabilité donc des collectivités, d’être les moteurs de ce développement, de s’engager au côté de l’Etat et je peux d’ores et déjà vous dire que l’ensemble des élus que j’ai déjà rencontré sont à mes côtés sur ce sujet.

Je regarderai demain je vous l’ai dit sur la question de la vie chère, car je n’ai pas terminé mes consultations sur le sujet, j’en ferai encore d’autres demain.

Et pour conclure je veux à nouveau dire que le combat pour la dignité nous ne gagnerons pas tant que les barrages perdureront sur cette île.

Les Réunionnaises et les Réunionnais souffrent dans leur quotidien, les entreprises, les artisans, les travailleurs ont déjà dû faire face à deux semaines d’activité partielle. Les enfants ont besoin de retourner à l’école et je remercie les maires qui réouvrent petit à petit les établissements scolaires car il faut que La Réunion reprenne vie.

Alors j’appelle encore une fois ce soir chacune et chacun à la responsabilité car je le répète on ne construit rien sur les cendres.

Merci beaucoup.

le 29/11/2018 à 22h26min55s Lu 0 fois

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