244701  Quand tombera la statue de Mahé de La Bourdonnais ? 

Culture

Quand tombera la statue de Mahé de La Bourdonnais ?

A l’heure où aux USA et en Angleterre on déboulonne les statues des confédérés, de Christophe Colomb et autres suppôts de l’esclavagisme et de la colonisation suite à la mort de George Floyd le 25 mai 2020, à La Réunion on est en droit de se poser la question mais à quel moment sera déboulonnée la statue de Mahé de La Bourdonnais ?

Trônant fièrement depuis 1856 devant la préfecture de Saint-Denis, la statue de Mahé de La Bourdonnais commence à déplaire à d’aucuns qui souhaiteraient que celle-ci soit enlevée de son socle.

En 2011 puis le 12 mai 2015, la statue avait fait déjà l’objet d’une attaque où son agresseur après lui avoir couvert la tête d’un voile blanc n’avait pas manqué de lui faire porter une affiche sur laquelle on pouvait lire « Je suis raciste ».

Un acte qui peut choquer plus d’un mais qui, lorsqu’on visite l’histoire, apporte une lumière nouvelle sur ce qu’a pu être ce personnage haut en couleur pour les uns et fort de douleurs pour les autres.

Comme écrit sur son piédestal Mahé de La Bourdonnais était commandant des armées navales du roi, dans les mers de l’Inde, gouverneur général des îles de France et de Bourbon de 1733 à 1747.

Né à Saint-Malo le 11 février 1699, Bertrand François Mahé, comte de La Bourdonnais, a certes une belle carrière – si l’on se réfère aux historiens bien qu’il connut la Bastille avant de mourir libre le 10 novembre 1753 – mais sans l’ombre d’un doute portait les préjugés de son temps sur la nature humaine et plus particulièrement sur les principes raciaux de son époque.

S’il est vrai que cet homme soit à l’origine du développement de La Réunion alors île Bourbon, il n’en demeure pas moins que ce n’est pas sans s’être appuyé sur le système esclavagiste d’alors.

Ainsi selon « Mémoires historiques de B.F. Mahé de La Bourdonnais, gouverneur des îles de France et de Bourbon » celui-ci n’aurait pas hésité à faire appel à la main-d’œuvre des esclaves pour la construction de la batterie de Saint-Paul et de la loge Saint-Denis. Pour asseoir ces entreprises ce dernier énonça tout simplement une « délibération du conseil du 16 août 1736 » où « il fut arrêté que les habitants qui avaient des noirs en fourniraient un sur vingt ».

Dans « Mahé de La Bourdonnais, Gouverneur des Mascareignes » au travers d’une missive de 1736 adressée au commandant de Bourbon, celui-ci exige que deux cents noirs soient mis à la disposition de la Compagnie » nonobstant qu’« après distribution faite » s’il restait « des noirs » que ceux-ci soient vendus « au prix taxé par la Compagnie ».

Des faits qui s’accompagnent par ailleurs de la mise en place de milices pour lutter contre le marronage avec son corolaire de maltraitances à l’égard de ceux ayant choisi la liberté plutôt que l’esclavage.

Dans la mesure où l’esclavage a été reconnu comme étant un crime contre l’humanité si l’on se réfère à la loi du 21 mai 2001, il ne fait aucun doute que tôt ou tard, le geste accompli le 12 mai 2015 par un inconnu sera cette fois-ci – vu l’implication de Mahé de La Bourdonnais dans sa gestion de l’île et surtout de l’esclavage – suivi d’une mouvance allant jusqu’à déboulonner définitivement de son piédestal la statue de ce dernier.

Ce n’est donc plus qu’une question de temps où l'impératif se résume à quand ?

le 05/07/2020 à 20h48min55s Lu 0 fois

commentaires momentanément suspendus

Commentaires