244697  « L’enfant jeté » de Dominique Gonthier et d’Alain Bled 

Livre

« L’enfant jeté » de Dominique Gonthier et d’Alain Bled

A l’heure où les têtes restent figées dans les étoiles au travers de livres enchanteurs, des best-sellers qui deviennent des films hauts en couleur, où la déconnection est totale pour ne pas dire banale, où d’aucuns se plaignent dans leur confort de ne pas avoir toujours plus, il est plus qu’urgent de revenir sur terre et de renouer avec la réalité d’hier et d’aujourd’hui, de prendre conscience que par rapport à d’autres individus on n’est pas ou on n’a pas été les plus mal lotis et que l’histoire d’un homme apporte parfois bien des lumières sur ce qu’on avait, par le passé, cherché à taire.

Aussi cru et brutal que cela puisse paraitre, le livre de Gonthier Dominique et d’Alain Bled intitulé « L’enfant jeté » est un chef d’œuvre pour plusieurs raisons.

La première vient du fait qu’Alain Bled, prête-plume de Gonthier Dominique, écrit la violence d’une enfance, d’une adolescence, sans fioriture et avec des mots simples pour ne pas noyer le lecteur dans des détours inutiles et le placer immédiatement dans le contexte.

La deuxième c’est qu’il relate l’histoire, la sociologie, la psychosociologie ainsi que des mœurs politiques d’un territoire.

Derrière la limpidité des mots et des maux, le témoignage que livre Dominique Gonthier sur sa vie apporte des éclairages sur une époque que beaucoup de ses contemporains ont vécu sans pouvoir le dire pour en guérir.

Son livre témoigne sans véhémence mais avec lucidité, d’une époque où les coups pleuvaient, où la femme n’avait aucun droit et où l’enfant n’était en soit qu’une marchandise, un objet sur lequel quel qu’adulte, fusse-t-il le plus pervers, avait toute autorité sans que l’innocence ne soit entendue ou considérée.

Il démontre la perfidie des adultes, le patriarcat dans ce qu’il a de plus crasseux, tant la douceur est rare, et la duplicité des autorités administratives qui n’avaient que faire de ces enfants laissés pour compte si ce n’est de jouer le jeu des institutions que d’asseoir l’horreur au travers de la déportation.

C’est aussi la continuité de l’esclavage dans ces coups de « fouets » qui n’éduquent pas mais qui dressent plus à tort qu’à raison l’enfant qui se rebelle face à l’injustice, à l’incompréhension, aux ordres qui font désordres et qui n’ont d’autres logiques que la logique d’un système qui confine au maintien de la classe et de l’ordre sociale établi hérité toujours des heures sombres de l’histoire réunionnaise.

C’est aussi un livre de psychologie qui parle sans qu’on ne s’aperçoive de résilience, un terme si cher à Boris Cyrulnik et qui montre que certaines personnes, malgré le trauma qu’elles ont pu subir tout au long de leur vie, peuvent malgré tout s’en sortir.

Un livre magnifique, un témoignage de 92 pages à lire absolument pour seulement 12 € aux éditions « L’éclipse du temps » dans la collection « Yer ek koméla ».

le 30/10/2020 à 07h28min07s Lu 0 fois

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