295554  Fête Kaf, fête de la liberté mais surtout fête de l’hypocrisie à La Réunion 

Fèt kaf

Fête Kaf, fête de la liberté mais surtout fête de l’hypocrisie à La Réunion

Le 20 décembre 1848 sonnait l’heure de la fin de l’esclavage à La Réunion. Plus de 60 000 personnes jusqu’alors asservies accédaient pour la première fois de leur vie à la liberté. Un moment historique commémoré chaque année par des services « kabarés » mais qui au fil du temps a perdu de son aura et pour cause…

172 ans après l’abolition de l’esclavage à La Réunion, les tambours continuent de vrombir sur le département de La Réunion. Mais d’un son libre jusqu’à présent, d’un kabaré dans la cour, les récipiendaires d’une tradition se sont à nouveau ferrailler à leurs anciennes chaînes – à celles-là que leurs ancêtres s’étaient libérés pour recouvrir à la liberté – en faisant courbette devant et l’argent (quelques piastres) et le pouvoir de quelques élus de la République qui ne s’y sont pas trompés pour tronquer un évènement contre une publicité.

Ainsi des kabars faits en « missouk » dans les champs de canne à sucre, on est passé au kabar de la cour puis subrepticement au kabar de quartier et finalement au kabar sur podium des municipalités sans que les leaders du maloya n’y trouvent à redire vainqueurs vaincus d’une époque révolue.

Il faut dire aussi que la plupart ne sont connus mondialement de Saint-Pierre à Saint-Denis (ironie) et qu’il devient de plus en plus difficile de se faire un nom et un métier avec une culture qu’ils ont défendue mais qui se heurte à la mondialisation des cultures dominantes comme celles venues des USA et qui déversent sur le monde entier qui du rap, qui de la dance hall, qui du reggae et aucunement du maloya dont la jeunesse réunionnaise, majoritairement n’écoutent d’ailleurs pas.

Entre autre il est à noter que le maloya n’est existant majoritairement qu’au moment de la commémoration du 20 décembre et que quand bien même puisse-t-il être inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO depuis le 1er octobre 2009, il ne sonne que comme l’apparat d’une épitaphe sur un tombeau pour le sauver de l’oubli dont il semble se parer comme un manteau. Lors des kabars le public n’est souvent composé que de deux pelés et trois tondus.

Et ce 20 décembre est lui-même aujourd’hui loin de refléter l’esprit et la vertu dont il devrait être auréolé. Férié pour les uns, il est tout bonnement un jour banal pour les autres, notamment ceux travaillant dans le commerce sans que les politiques eux-mêmes, ceux-là même qui se fendent en discours et qui viennent faire la roue auprès des chanteurs de maloya ne s’en offusquent conscients des pertes d’argent que de telles fermetures pourraient avoir et pour le commerce et pour les collectivités qui y trouvent leur compte.

Pour retrouver son aura d’évènement mémoriel majeur, il faudrait que le 20 décembre rompe avec l’hypocrisie ambiante en coupant les ponts avec les subventions communales et qu’il renoue avec la tradition d’antan celle notamment du kabar dans la cour ou dans le quartier pour permettre, à qui le voudrait, de s’exprimer librement au son des « rouler » mais surtout au nom de la liberté si chèrement gagnée par celles et ceux ayant façonné ce département à la sueur de leur front, au déchirement de leur chair, au trauma de leur esprit et à l’effusion de leur sang.

le 20/12/2020 à 14h26min16s Lu 0 fois

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