425651  20 décembre tout le monde s’en fout 

20 décembre

20 décembre tout le monde s’en fout

Il y a 173 ans était aboli l’esclavage à La Réunion. Cette date dans l’esprit des anciens réunionnais représente la liberté. Chaque année du moins jusqu’à une certaine période le son du tambour retentissait dans les cours. Aujourd’hui, les temps ont changé et bien que d’aucuns exultent cette journée commémorative comme la quintessence de l’identité réunionnaise, il faut dire que l’esprit du 20 décembre est mort et que tout le monde s’en fout.

La où jadis l’esprit de fête prévalait au travers de réunions, de kabars la cour, s’est substitué l’esprit de la modernité.

La Réunion de jadis n’est plus celle d’aujourd’hui où Internet a conquis tous les foyers, où les jeunes et moins jeunes réunionnais dans leur grande majorité n’écoutent plus que du rap, de la dance hall, visionnent à longueur de journée pour ne pas dire de secondes, de minutes, d’heures des vidéos sur Youtube ou Netflix, s’imprègnent encore et toujours, et de plus en plus de la culture américaine, celle du « je m’en foutisme », de la violence, de la pornographie, surfent sur Facebook, Instagram, Tik Tok, au grand dam de la culture de leurs ascendants que d’aucuns face à la modernité regardent avec mépris tant la culture extérieure leur apporte du sens, de la satisfaction, de l’épanouissement, assouvissent leurs fantasmes quand celle intérieure n’évoque que frustrations non faute de modèle mais de contextualisation.

Qui aujourd’hui voudrait être Albius, cet esclave qui découvrit comment féconder la vanille et qui finit certes affranchi mais aussi pauvre que la nature le vit naître ? Qui voudrait être Rolland Garros, cet aviateur qui naquit à La Réunion en 1888 d’une famille aisée, qui ne connut en rien l’esclavage et qui ne revint jamais plus sur son île qu’il quitta à 4 ans ? Qui voudrait être Cimendef, Mafate, Dimitile, Anchain, Héva, Raharianne, Marianne, Sarlave, Simangalove né(e)s esclaves et mort(e)s marrons ?

Il suffit de demander à la grande majorité des jeunes d’aujourd’hui et des moins jeunes ayant une culture dite branchée pour se rendre compte qu’ils ne connaissent en rien l’histoire de ces personnes que les médias, les historiens et des passionnés d’histoire de La Réunion tentent de mettre en avant.

La culture réunionnaise est morte. Le politicien aura beau faire chanter le maloya sur un podium par des artistes mondialement connu de Saint-Pierre à Saint-Denis que cela n’y changera rien. D’ailleurs cette récupération est une capitulation des artistes locaux face au pouvoir, à l’argent. Du fait de leur allégeance, ils n’ont aucun conseil à donner à ceux qui ne s’y reconnaissent.

Elle est d’autant plus morte que d’aucuns ne s’y sont pas trompés en affichant dans la zone Canabady de Saint-Pierre « Travay 20 decemb, €sclavagism€ modern€ » montrant que la commémoration n’a aucun impacte sur l’économie de l’île. Une économie qui tourne à plein régime tant les Réunionnais dans leur ensemble se ruent sur les dernières nouveautés dans les diverses enseignes de l’île en cette période qui sentent bon les festivités et ce pour le plus grand plaisir de certaines minorités qui détiennent à elles seules les ficelles du commerce réunionnais.

Le 20 décembre, malgré les « Bonne fêt Kaf », « Bonne fête de la liberté » qui apparaissent sur les réseaux sociaux, on l’aura bien compris, on s’assoit dessus, comme on s’assoit sur l’histoire, on l’a dans le cul, pour ne pas dire qu’on s’en branle, qu’on s’en fout et ce n’en déplaise aux puritains qui voudraient faire croire le contraire. Car après tout c’est la fête de la liberté.

Bonne fête quand même…

le 20/12/2021 à 15h31min23s

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